Homélie de Mgr Christophe DUFOUR
Messe de clôture de la visite pastorale
Tarascon – dimanche 12 février 2012
Fête de Notre-Dame de Lourdes
Au terme de ma visite pastorale, nous sommes venus ce matin offrir vos paroisses de l’unité pastorale Sainte-Marthe à la
prière de Notre-Dame de Lourdes que nous fêtons aujourd’hui - hier c’était sa fête. Et en fêtant Notre-Dame de Lourdes, c’est aussi Notre-Dame du Château que nous honorons. Vous l’aimez. Vous
aimez Marie. Et c’est elle que je voudrais contempler et prier avec vous.
Pendant ces quelques jours au milieu de vous, j’ai eu la joie de rencontrer les enfants et les jeunes. A l’école et au
collège Sainte-Marthe, à l’école du Petit Castelet, les enfants du catéchisme le mercredi, les jeunes de l’aumônerie le samedi. C’est vrai, ils ne sont pas très nombreux, mais ils ont du prix aux
yeux de Dieu, et donc à nos yeux. C’est vrai, ils ne viennent pas à la messe. Comment ? Vous ne le voyez pas ! Comment les introduirons-nous à l’eucharistie ?
Bernadette, elle non plus, à 14 ans, n’avait pas été catéchisée et elle n’avait pas fait sa première communion. Certes,
elle le désirait très fort. Mais elle vivait dans une famille touchée par la misère. Vous connaissez son histoire. Fille de meunier, son père a un accident de travail, il perd un œil, il perd son
travail, il ne peut payer son loyer, il est expulsée. Et il n’y avait pas encore le Secours Catholique de la paroisse pour l’aider à s’en sortir. Il vend ses bras pour 1.20 sou (un cheval se loue
1.50 sou !). Il est réduit à faire vivre sa famille dans un ancien cachot de la prison. Bernadette a été envoyée à Bartrés, c’est une bouche de moins à nourrir ! Bernadette garde les
moutons en échange de sa pension, mais elle n’y tient plus, elle veut aller au catéchisme, elle veut faire sa première communion. A force de supplier, elle obtient de redescendre à Lourdes. Nous
sommes le 20 janvier 1858. Qui sera sa catéchiste ? Sa catéchiste sera Marie ! Trois semaines le retour à Lourdes, nous sommes le jeudi 11 février de cette année-là. Vous connaissez ce
qui arriva ce jour-là, jour dont nous avons fêté hier l’anniversaire. Avec sa sœur Toinette et son amie Jeanne, elle descend vers le Gave chercher du bois pour faire un fagot ; ils ont vendu
la veille le dernier fagot pour acheter du pain. Il pleut, d’une petite pluie fine dans le brouillard. Bernadette est asthmatique. Sa mère craint pour elle mais elle a quand même donné la
permission à Bernadette de sortir chercher du bois. Et c’est alors que commence la catéchèse de Bernadette. Elle va apprendre le signe de la croix. Elle va entrer en catéchuménat.
Dois-je encore vous raconter ?
Oui… Toinette et Jeanne ont déjà traversé le gué de la rivière. Bernadette ne trouve pas le bon endroit. Elle enlève ses
bas, elle regarde la grotte où elle doit les rejoindre ; on l’appelle la grotte des cochons car c’est là que le cantonnier vient faire manger ses cochons. Et Bernadette voit … Que
voit-elle ? Dans la brume et le brouillard, elle voit une grande lumière, elle voit une Dame qui lui sourit. Bernadette sort son chapelet, essaie de faire le signe de la croix, mais sa main
retombe. La Dame alors lève la main à son front et trace le signe de la croix. Bernadette apprend de Marie le signe de la croix. C’est par le signe de la croix que le catéchumène entre en
catéchuménat. C’est par le signe de la croix que nous sommes entrés dans cette eucharistie. C’est par le signe de la croix que le chrétien entre en prière. Pas un geste machinal, mais un geste
qui dit l’amour et nous fait entrer en communion avec Dieu, en communion d’amour avec l’Eternel. Amour qui est lui-même communion d’amour.
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Je ne ferai pas devant vous la catéchèse de Marie à Bernadette. Bernadette s’est engagée à être fidèle au rendez-vous
avec la Dame, pendant 15 jours, et la Dame lui a promis le bonheur. Nous ne savons pas tout des échanges entre Marie et Bernadette. Mais il en ressort 3 apprentissages fondamentaux de la vie
chrétienne.
1 – La prière : qui nous fait demeurer en présence d’un mystérieux
amour invisible, Dieu, Eternel Amour. Non pas réciter des prières mais demeurer dans la présence de l’Invisible. Se laisser aimer. S’abandonner. Oui, dire des prières pour prier le chapelet, le
Notre Père, Je vous salue Marie. Pour se laisser porter par le courant d’amour qui nous traverse.
2 – Communier au Christ dans sa mort et sa résurrection : que
s’est-il passé ce mercredi à la 8ème apparition ? « Pénitence, pénitence, pénitence, » dit la Dame. « Priez pour la conversion des pécheurs ».
Et le lendemain, que se passe t-il ? « Ca ne vous ferait rien
d’embrasser la terre et de marcher à genoux pour les pêcheurs » et Bernadette s’avance à 4 pattes vers le fond de la grotte, dans la boue.
« Ca ne vous ferait rien de manger l’herbe qui est là pour le
pêcheur ? ». Elle mange l’herbe amère comme jadis les hébreux dans le désert. « Allez boire à la
source et vous y laver » C’est un baptême, un plongeon dans la passion et la mort du Christ.
Le lendemain, vendredi, pas d’apparition. C’est le silence, le vide, l’absence, la mort, comme ce jour où le glaive,
dans le côté de Jésus, a transpercé le cœur de Marie.
Ainsi, pour préparer Bernadette à sa première communion, Marie l’introduit à la Pâque de Jésus. Elle la fait communier à
sa passion, à l’humanité souffrante du Fils de Dieu qui donne sa vie pour enlever le pêché du monde.
3 – Il restait à Bernadette de découvrir l’Église, Église famille de
Dieu.
« Allez dire au prêtre de bâtir ici une chapelle et qu’on y vienne en
procession » Et Bernadette va voir le curé de Lourdes : « Si la Dame veut la chapelle, qu’elle
donne son nom et fasse fleurir le rosier ».
Le 25 mars, 16ème apparition, jour de la fête de l’Annonciation, la Dame révèle son nom : « Je suis l’Immaculée Conception ». Elle court dire le nom au curé. Il est bouleversé : 2 ans avant, le Pape avait décrété le dogme de
l’Immaculée Conception. Le soir même de ce 25 mars, le curé écrit à l’évêque : « Elle n’a pas pu inventer cela »
1 – La prière : qui nous fait demeurer dans la mystérieuse
présence de Dieu, éternel Amour qui remplit tout.
2 – La Pâque de Jésus, cœur de la foi chrétienne, qui révèle le secret
de Dieu, le mystère caché depuis la fondation du monde, en Jésus, l’invisible se donne à voir. Dans sa Passion et sa Résurrection, Jésus ouvre nos yeux aveugles sur le mystère d’amour de Dieu. Il
est le sacrement visible de l’Amour Invisible du Père.
3 – L’Église : elle aussi est sacrement de l’Invisible. Jésus l’a
voulu ainsi ; il lui a donné cette mission : donner à voir l’amour de Dieu manifesté en Jésus et répandu en nous dans l’Esprit Saint.
Telle est votre mission, frères et sœurs. Oui vous êtes pauvres et fragiles. Mais vous êtes capables de semer
l’Évangile. Votre communauté est vivante, bien vivante. Ravivez en vous le don de Dieu :
· Par la prière et l’Eucharistie.
· Par le partage de la Parole de Dieu, en famille, dans vos maisons, en petites cellules, petits groupes d’Église, comme il en existe
déjà.
· Par l’amour fraternel, les uns pour les autres, par le témoignage de l’amour.
Je vous lance un défi pour le temps du Carême et le temps pascal : susciter des ecclésiales où vous partagerez la
prière, la parole de Dieu et l’amour fraternel.